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L'homme de bien
 
 
 
 
Dominique Jean Larrey (1766-1842), chirurgien militaire, Baron d’Empire
 

 
 
 
Le chirurgien soldat et la chirurgie de guerre
 
 
            C’est à Beaudéan que naît Dominique Larrey. Après la mort prématurée de son père, Jean, cordonnier du village, il est éduqué par l’Abbé Grasset, curé de Beaudéan, qui décèle chez l’enfant une intelligence particulièrement vive.
 
            En 1780 (il a alors 14 ans), il rejoint son oncle Alexis Larrey, Chirurgien en chef de l’hôpital de La Grave à Toulouse. Il arrive dans la ville rose après cinq jours de marche à pied. Accueilli comme un fils, il ne déçoit pas son bienfaiteur et se montre un brillant élève tant au collège de l’Esquille où il parfait ses humanités qu’à l’Ecole de Chirurgie. Encouragé par ses professeurs, Viguerie, Frizac et Alexis Larrey, il soutient à vingt ans, une thèse sur la « carie des os » pour laquelle il reçoit une médaille de vermeil aux armes de la cité de Toulouse.
 
            Puis il part à Paris pour se perfectionner au contact de deux grands maîtres : Pierre Desault, créateur de la Clinique Chirurgicale de l’Hôtel-Dieu pour l’enseignement au lit du malade et Sabatier, chirurgien en chef des Invalides.
 
            Fin 1787, Larrey présente avec succès un concours pour un poste de chirurgien major de la Marine Royale. Classé premier, en attendant son embarquement sur la frégate, La Vigilante, il suit les cours de Pierre Duret, l’ « Ambroise Paré de la Marine » à l’école de Chirurgie Navale de Brest. Le zèle particulier avec lequel il s’acquitte de sa tache pendant cette campagne de pêche à Terre-Neuve lui vaut les éloges du Conseil de Santé de Brest à son retour.
 
            Mais Larrey qui souffre du mal de mer demande son licenciement et rentre dans la capitale où il participe aux premiers conflits de la Révolution en marche, ce qui lui vaut d’être nommé chirurgien en chef du District de Saint-André des Arts.
 
            En 1792, il est engagé comme chirurgien dans l’armée du Rhin et c’est au cours de cette première campagne qu’il conçoit « les ambulances volantes », projet qu’il présentera avec succès devant le Conseil de Santé à son retour. La notion de chirurgie d’urgence est née empiriquement, sur le champ de bataille de Spire, où, envers et contre les règlements qui
 
 
 
imposaient aux chirurgiens de ne ramasser les blessés qu’une fois le combat terminé, Larrey, sous le feu de la mitraille, brave l’interdit séculaire. 
 
 
            L’ambulance volante ou centurie, dont Napoléon déclarera qu’elle est « une des plus hautes conceptions du siècle », placée sous les ordres d’un chirurgien en chef, est composée de trois décuries comprenant chacune 15 chirurgiens, 12 infirmiers à cheval, 25 soldats à pied, une trompette, un tambour et douze voitures à cheval légères et suspendues (les unes à quatre roues, les autres à deux roues) qui permettent d’enlever les blessés après leur avoir donné les premiers soins sur le champ de bataille. Mais ce programme ne sera mis en pratique sur le terrain qu’en 1797, pendant la campagne d’Italie.
 
            Commence alors pour Larrey une longue période de 18 ans qui par les chemins de l’Afrique et de l’Europe, le conduira à Waterloo en 1815. Chirurgien en chef de la campagne d’Egypte, à son retour il reçoit de la main même de l’empereur, les insignes de la Légion d’honneur. Il est nommé chirurgien en chef de la Garde Consulaire et, en tant que tel, participe aux campagnes d’Autriche, d’Espagne, de Saxe. A Eylau, son dévouement fait l’admiration de Napoléon qui, passant près de son ambulance, lui confère sur le champ la croix de commandeur de la Légion d’honneur et lui remet sa propre épée gravée à son nom pour remplacer la sienne volée par les Russes. A Wagram, il lui décerne le titre de baron et une rente annuelle. Chirurgien en chef de la Grande Armée pendant la campagne de Russie, il doit la vie à ses soldats qui, remplis de respect pour sa bravoure et son altruisme, l’ont surnommé « la  Providence ». Ils transportent le chirurgien et ses instruments que Larrey était revenu chercher sur l’autre rive au péril de sa vie de bras en bras pour lui faire passer la Bérézina. Blessé et fait prisonnier à Waterloo, condamné à être fusillé, il est sauvé par un officier prussien, Blücher, dont il avait autrefois soigné le fils.
 
            La Restauration qui lui en veut d’avoir rallier l’empereur pendant les Cent Jours, lui retire son titre d’inspecteur Général et la pension que Napoléon lui avait assurée à Bautzen. Mais en 1818, elle lui est restituée et Louis XVIII le nomme chirurgien en chef de l’hôpital de la Garde Royale.
 
            La Monarchie de Juillet le fait rentrer au Conseil de Santé et le nomme chirurgien en chef des Invalides.
 
            Il meurt à Lyon à 76 ans, au retour d’un voyage d’inspection en Algérie où il était accompagné de son fils.
 
 
En tant que chirurgien militaire, il est confronté à de nombreuses blessures ou pathologies :
 
            - il traite le tétanos par névrotomie et amputation
                       
 
 
            - au niveau de la tête et du coup, les plaies de la face sont suturées immédiatement
            - au niveau du thorax, les plaies de poitrine sont refermées en vue de leur transformation en hémothorax. Il préconise le drainage du péricarde par voie épigastrique
            - au niveau de l’abdomen, l’abstention est de mise, accompagnée d’administration d’opium. Les projectiles dans la vessie sont extraits avec mise en place d’une sonde à demeure
            - au niveau des membres, Larrey pratique fréquemment l’amputation et la résection au niveau du coude ou de l’épaule. Il est arrivé qu’on lui reproche d’avoir abusé des amputations mais pratiquées de façon précoce, elles permettaient de sauver près de ¾ des blessés et évitait la propagation du tétanos
            - les fractures étaient traitées par immobilisation au moyen de bandes imbibées de blanc d’œuf pour les durcir.
 
Pendant toute sa carrière, Dominique Larrey réclame l’indépendance du Service de Santé et la reconnaissance du statut social des officiers du Corps de Santé militaire.
 
            Il luttecontre les exactions des ordonnateurs et des commissaires de guerre, demandant sans cesse des moyens matériels et financiers pour augmenter le nombre des hôpitaux, développer leur organisation et leur équipement. « Il tourmente les généraux » disait Napoléon, « les éveillant pendant la nuit chaque fois qu’il a besoin de fourniture ou de secours pour les malades. Tout le monde le craint parce qu’on sait qu’il viendra sur-le-champ se plaindre à moi ; il ne fait la cour à personne, il est l’ennemi implacable des fournisseurs ».
 
 
Le professeur 
 
            Dominique Larrey, parallèlement à sa carrière de chirurgien militaire, enseignera toute sa vie ne serait-ce que pour pallier aux carences du recrutement des chirurgiens, insuffisamment formés. Partout où il passe il crée des écoles d’instructions : à Metz, Toulon, Udine, au Caire, à Madrid, à Berlin … Il enseigne à la fois la clinique et la médecine opératoire aux chirurgiens placés sous ses ordres mais aussi aux médecins étrangers.
           
            En 1796, on lui confie la chaire d’anatomie et de techniques opératoires à l’hôpital du Val-de-Grâce, ancienne abbaye bénédictine transformée en Hôpital d’Instruction pour les officiers du Service de Santé.
 
            Quand il n’est pas sur le champ de bataille ou qu’il n’enseigne pas, il écrit, consignant ses observations au fil des jours : les Mémoires de Campagne en cinq volumes sont un véritable traité de chirurgie.
 
             Parmi les travaux les plus remarquables publiés par Larrey, on doit mettre en première ligne ses nombreux mémoires sur les maladies qui ont affecté les troupes pendant
 
 
l’expédition d’Egypte et de Syrie : l’ophtalmie endémique, le tétanos, la peste, la fièvre jaune, le scorbut, la syphilis. Il observe également la lèpre et l’éléphantiasis des arabes. De retour de ses campagnes d’Allemagne, de Pologne et de Russie, il enrichit encore les annales de la science de précieuses observations sur le typhus, la plique de Pologne et les congélations qui firent tant de victimes pendant la retraite de Russie .
 
            Ces travaux lui valent la reconnaissance des ses pairs, des autorités françaises mais aussi étrangères : membre de l’Institut d’Egypte ; Inspecteur général du service militaire (sous le premier Empire) ; président de la Société de médecine de Paris (1806); membre de l’académie Royale de Médecine (1820) ; membre de l’Institut de France (1829) ; associé ou correspondant d’un grand nombre d’académies ou de sociétés savantes nationales ou étrangères … La liste de ses distinctions est sans fin. 
 
 
Le précurseur de la médecine d’urgence et de l’action humanitaire, l’homme de bien
 
            Ce qui domine l’œuvre de Dominique Larrey, outre la création pratique des ambulances volantes et l’action rapide sur le terrain qui épargna bien des vies, c’est le concept d’action humanitaire.
 
            Larrey s’occupe tous les blessés quelle que soit leur nationalité, ajoute à l’acte de soigner la compassion naturelle d’un être humain envers un autre homme et insiste sur le devoir de protection du chirurgien pour ses malades. Pendant la campagne de France, à la ferme d’Heurtebise, il n’hésite pas à défendre ses blessés contre les cosaques, les armes à la main. Il n’est pas exagéré de dire qu’il a donné ses lettres de noblesse à la chirurgie militaire !            
            Si Henri Dunant et Gustave Moynier ont droit à la reconnaissance pour la création de la Croix Rouge, il ne faut pas oublier que bien avant eux, Larrey avait posé les bases de l’inviolabilité des blessés et de la neutralisation des hôpitaux de guerre. En témoigne une anecdote anglaise qui a fait le tour du monde : à Waterloo alors que le chirurgien se déplace sans cesse, secourant les blessés sous le feu ennemi, Wellington ordonne de ne pas tirer de son côté et, se découvrant, dit au Duc de Cambridge en désignant Larrey de son épée : « Je salue l’honneur et la loyauté qui passent ».
 
            Son idéal de justice égalitaire l’amène à soigner les malades les plus touchés, les premiers. Peu lui importe le grade du blessé. Un simple soldat passera avant un général si son état l’exige.
 
            C’est dans ce même esprit qu’à Lutzen-Bautzen, il sauve la vie de jeunes recrues accusées par l’Etat Major de se mutiler volontairement pour échapper au combat. Napoléon ayant ordonné des exécutions massives, Larrey demande à examiner les 2632 hommes au sein d’un jury de chirurgiens et d’officiers supérieurs. C’est la première expertise médico-légale connue ! Il prouve que l’inexpérience et le manque d’entraînement sont les causes réelles de
 
 
ces plaies involontaires et expose les faits avec une telle conviction que Napoléon annule sa première décision. L’empereur aurait dit en donnant l’accolade au chirurgien : « Un souverain est bien heureux d’avoir à faire à un homme tel que vous ».
 
            D’ailleurs, dans son testament du 15 avril 1821, rédigé à Sainte-Hélène, on trouve cette observation qui définit parfaitement l’homme que fut le Baron Larrey : «  Il a laissé dans mon esprit l’image du véritable homme de bien ».
 
 
 
Pour en savoir plus sur le Baron Larrey, né à Beaudéan en 1766 :
 
 
 
 
 
Maison natale de Dominique Jean Larrey à Beaudéan (Hautes-Pyrénées)